J'ai adressé le 10 novembre dernier le courrier ci-dessous au Président de la République.
Notre bassin sidérurgique est défendu avec efficacité en particulier par le Député de notre circonscription, mon ami Michel Liebgott. Le sujet est essentiel pour la vallée et c'est en tant que
Président de la Communauté d'agglomération que j'interviens.
Le Val de Fensch, pourtant directement concerné par le projet Ulcos et les investissements sur le site CORUS de Nilvange, n'avait pas été invité en tant que tel, à la "réunion surprise" de
Gandrange.
J'avais eu l'occasion d'assister, une semaine plus tôt, à un autre "sarko show", à Woippy. Certes, tant à Woippy que le 15 octobre, le Président de la République a affirmé son soutien
au projet Ulcos.
Les annonces faites ne font cependant que répéter ce qui figure dans les conventions d'ancrage territoriale et de revitalisation, signées en février dernier.
On reste pourtant très loin du compte, tant pour le reclassement des salariés de Gandrange que pour les
emplois de substitution.
La séance officielle du comité de suivi des conventions "Gandrange", tenue en Préfecture le 2 novembre, n'a rien apporté de concret.
Les bonnes paroles et le talent de communicateur ne suffisent plus. Il en faudra plus pour que les habitants des vallées sidérurgiques retrouvent confiance et que Nicolas Sarkozy guérisse du
"syndrôme de Gandrange", le souvenir lancinant des promesses mensongères faites le temps d'un "voyage de noce" un certain 4 février 2008. Souvenez vous: "Avec ou sans Mittal, l'Etat investira à
Gandrange"
Nous ne voulons pas de telles promesses sur le site de Florange. Nous espérons du concret, car l'effort de diversification économique, fortement soutenu par le Val de Fensch, a besoin de
s'appuyer sur une sidérurgie forte et compétitive.
Par cette lettre, j'ai voulu solonnellement relayé la préoccupation des élus et des habitants de la vallée de la Fensch.
Monsieur le Président de la République,
Au cours de vos récents déplacements en Moselle Nord, à Woippy, puis à Gandrange, vous avez annoncé plusieurs mesures destinées à redynamiser le territoire Nord Mosellan et en particulier les vallées sidérurgiques. N'ayant pas eu l'occasion de vous faire part de nos préoccupations, je me permets donc de le faire par le biais du présent courrier.
Nous avons eu récemment, le 2 novembre, l'occasion défaire le point sur ces dossiers avec Monsieur le Préfet de Région, dans le cadre du comité de suivi de la convention de revitalisation ArcelorMittal.
Président de la Communauté d'agglomération du Val de Fensch, établissement public de coopération intercommunale qui rassemble 10 communes de cette vallée sidérurgique et près de 70.000 habitants, j'ai d'abord relevé avec satisfaction la confirmation d'un contrat de 300 millions d'euros entre Réseau Ferré de France (RFF) et Corus, commande qui permettrait de conforter le site de Hayange-Nilvange.
A Woippy, comme à Gandrange, vous avez affirmé avec force le soutien de l'Etat au projet ULCOS de captation du CO2, qui assurerait de nouvelles perspectives à la sidérurgie dans la vallée de la Fensch.
Un tel projet innovant, que nous souhaitons tous voir aboutir, suppose la pérennité et la modernisation de la filière liquide. Il serait donc particulièrement nécessaire que puisse être clarifiée la stratégie du groupe ArcelorMittal à ce sujet, ainsi que sur le devenir de la filière liquide elle-même.
La crise actuelle a incité le groupe à différer ses décisions stratégiques. L'arrêt définitif programmé, dès 2010, de la centrale EDF de Richemont, qui produisait de l'électricité à partir des gaz de Haut-Fourneau, impliquait une solution de remplacement. Il était prévu l'installation, sur le site d'Ebange de 18 moteurs à gaz, avec un investissement de 50 millions d'euros, destinés à prendre le relais d'une centrale en fin de vie. Ce projet, d'abord annoncé, a été différé sine die.
Pour des raisons conjoncturelles, l'un des deux haut-fourneaux d'Hayange, le P3, a été arrêté depuis près d'un an. Quant au second, le P6 il a été réactivé en août dernier, mais sans garantie d'activité au-delà de la fin de l'année 2009. J'ajoute que les arrêts prolongés d'activité d'une grande partie des installations de Florange ont d'ores et déjà un impact négatif sur la sous-traitance. Comme vous le savez, le processus d'externalisation est particulièrement poussé dans ce secteur industriel, au point que le tissu des PME sous-traitantes est indispensable pour toute reprise et prolongation durable d'activité. Ces entreprises, déjà fortement impactées par la fermeture d'installations à Gandrange, doivent faire l'objet d'une attention particulière et ont, elles aussi, besoin, dans les meilleures délais d'une visibilité sur la stratégie du groupe.
J'attire aussi l'attention sur les aspects humains. Le site de Florange a été retenu comme l'un de ceux destinés à favoriser la reconversion interne de salariés ayant perdu leur poste à Gandrange. Outre le fait qu'ils n'intègrent pas leur nouvel établissement dans les meilleures condition - l 'activité étant ralentie et les perspectives d'avenir n'étant pas éclaircies, malgré les engagements souscrits par le groupe et les pouvoirs publics dans les conventions d'ancrage territorial et de redynamisation signées en février 2009 - il faut souligner que les mesures d'âge, actuellement encouragées sur les sites ArcelorMittal pour la mise en œuvre de plans de suppressions d'emplois, ne sont pas de nature à favoriser le processus indispensable de transfert de savoir faire, ce qui avait été déjà dénoncé dans le cas de Gandrange.
Le projet ULCOS aurait un impact considérable sur le site intégré de Florange. ULCOS est étroitement lié à la pérennité de la filière liquide, laquelle suppose, au-delà de 2012, une modernisation complète des haut-fourneaux, pour un investissement estimé par le groupe à 340 M€
Je souhaitais donc attirer votre haute attention, Monsieur le Président de la République, sur ces sujets et leur urgence, sachant que vous êtes conscient de l'enjeu pour la région en termes d'emplois directs et indirects, tant pour la sous-traitance que pour l'ensemble du tissu économique.
Il est important que le groupe ArcelorMittal, en cohérence avec la volonté que vous avez réaffirmée de voir le projet ULCOS se mettre en place, prenne, dans les prochains mois, les décisions stratégiques essentielles qui conditionnent l'avenir du site et de cette activité dans notre vallée.
Notre bassin a perdu, au fil des différentes restructurations de la sidérurgie, des dizaines de milliers de postes de travail. Il continue cependant à croire en son avenir.
Les communes de la vallée de la Fensch se sont regroupées au sein d'une communauté d'agglomération, dont la volonté est de réussir la diversification et la redynamisation économiques.
De 2000 à 2008, nous avons accompagné sur nos zones d 'activité la création de 1 400 emplois nets. Nous considérons notre situation frontalière comme un atout, la présence du Grand Duché de Luxembourg ayant permis d'amortir en partie le choc sur l'emploi. Pour autant, nous affirmons notre volonté de ne pas être la banlieue résidentielle du Grand-Duché et croyons en notre capacité à accueillir population et activités sur place. Dans cette stratégie, le maintien d'une sidérurgie moderne et compétitive, comme les qualités d'une main d'œuvre compétente et motivée, sont des atouts indéniables.
C'est pourquoi la mobilisation de tous est nécessaire pour réussir notre mutation et votre appui est indispensable pour convaincre le groupe ArcelorMittal et son principal actionnaire de prendre en compte cette situation dans des choix stratégiques qu'il importe de voir confirmés dans les meilleurs délais possibles.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de ma très haute considération.
Philippe TARILLON
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