Les 9 et 16 octobre, tous les Français qui se reconnaissent dans les valeurs de la gauche pourront participer aux primaires socialistes et décider du choix du candidat qui portera
les espoirs de changement.
Je ne reviens pas en détails sur les raisons qui faisaient que je n’étais pas favorable à ce système. Il a été décidé et sera donc mis en œuvre.
Le parti socialiste a adopté son programme pour 2012. Je considère qu’il est « raisonnablement » de gauche, aussi raisonnable que l’autorise l’état catastrophique dans lequel se trouvent les
finances publiques après 10 ans de pouvoir UMP.
Quoiqu’on en dise, le choix ne se fera pas sur des clivages idéologiques. Les principaux candidats et candidates, déclarés ou potentiels, ont tous soutenu le projet du parti. Ils partagent tous
les mêmes convictions européennes, la même ambition réformatrice.
C’est la logique de la Vème République qui le veut, logique hélas renforcée par Lionel Jospin par un double choix qui s’est avéré malheureux : le quinquennat qui fait du Président de façon
définitive le vrai chef de l’exécutif, et surtout l’inversion du calendrier électoral. La «mère de toutes les batailles» est définitivement l’élection présidentielle, qui est la rencontre entre
le peuple français et un candidat.
Face à Nicolas Sarkozy, qui s’est révélé un Président calamiteux mais qui reste un redoutable candidat, nous avons le devoir de victoire. Nous ne devons prendre aucun risque.
Dans ce contexte, je choisis sans hésitation François Hollande.
Puisque l’élection présidentielle est la conjonction d’un projet et d’une personnalité, je pense que François Hollande est en situation aujourd’hui. Je connais François Hollande depuis près de 30
ans. J’étais alors jeune étudiant à Sciences Po Paris. Une époque difficile, dans un milieu intellectuel où régnaient la pensée unique et le libéralisme déjà triomphant. Je me souviens du jeune
et brillant auditeur à la Cour des Comptes, alors conseiller de François Mitterrand. Il animait avec Jean-Pierre Jouyet les « directions d’études » d’économie. Ce qui me frappait déjà à ce
moment-là étaient la clarté de sa pensée, la fermeté de ses opinions, son ouverture d’esprit tranchant avec le libéralisme ambiant, son humour aussi.
Son engagement politique à gauche est ancien et courageux, car il en fallait du courage pour penser s’implanter à Tulle, alors fief communiste et surtout en Corrèze, terre chiraquienne. Cette
implantation explique certainement l’estime de l’ancien président de la République et la profondeur de son récent humour corrézien !
J’ai connu François Hollande aussi aux clubs « Témoins » où comme lui, nous refusions la dictature des courants au sein du part et l’espoir qu’avait suscité en vain Jacques Delors. Lionel Jospin
avait reconnu ses talents d’organisateur et de rassembleur et décida, en 1997, de lui confier le parti, pendant que lui allait à Matignon.
On reproche à François Hollande de ne pas avoir été ministre. Deux fois, il a été écarté, non parce qu’il avait démérité, mais parce qu’alors on appliquait sans dérogation des règles strictes de
non-cumul des fonctions au sein d’un couple ou entre les responsabilités ministérielles et partisanes !
Et puis, au fond, tant mieux s’il n’a pas été ministre ! Il y en assez de ces anciens qui n’ont rien appris et rien oublié. 30 ans après le 10 mai, nous avons la nostalgie de ces heures
glorieuses mais pas forcément l’envie de recourir à des hommes ou des femmes qui ont servi mais dont l’heure est passée.
François Hollande a été 10 ans le Premier Secrétaire du Parti Socialiste, dont 5 ans lorsque Lionel Jospin était Premier Ministre. Diriger ce grand parti politique, avec ses talents et son bal
des égos, ça vaut bien une expérience ministérielle. Et puis, notamment au sein de l’Internationale Socialiste et du PSE, il a acquis une bonne connaissance des affaires internationales et
européennes.
En tant que premier secrétaire, il a participé de près aux décisions qui ont fait de cette période un moment heureux dans l’histoire de notre pays, un moment de grandes réformes sociales,
politiques, de recul du chômage, de progrès dans la construction européenne. Sans doute, François Hollande n’a-t-il pas été aussi entendu à la fin de la période, pendant laquelle la droite a
habilement joué avec l’insécurité et où un ministre des finances pensait à tort que la grande affaire du moment était de baisser les impôts !
Je n’oublie pas non plus que François Hollande a pris le relais au plus mauvais moment, alors que nous étions sous le choc du 21 avril 2002. Il a su, aux législatives de 2002 et de 2007, plus que
limiter les dégâts. Il nous a conduit à de belles victoires, aux Régionales et aux Européennes de 2004 et a fait ce qu’il a pu lors de la vague de fond du référendum européen de 2005.
J’ai soutenu François Hollande lors de plusieurs congrès du parti socialiste. Ce fut aussi l’occasion de rencontrer un camarade chaleureux, attentif et respectueux, et pas uniquement quand les
caméras tournent, comme beaucoup !
François Hollande rassemblera les socialistes, puis toute la gauche, toutes les froces de progrès qui ne veulent plus du sarkozysme et du règne de l'argent et du mépris. François Hollande sait
aussi s'entourer des talents nécessaires. Autour de lui, on ne trouve pas d'abord des hommes d'appareil et des anciens ministres qui tirent les ficelles.
De l’orateur brillant qui manie si bien l’humour, les medias ont retenu l’image du « gars sympa, rigolo, incapable de prendre une décision, se complaisant dans le consensus mou »
Puisque l’élection présidentielle est aussi affaire de posture, reconnaissons que François Hollande a su, ces dernières années, transformer son image. Ses prises de position sur l’économie, la
société, l’endettement de la France ont confirmé qu’il était homme de volonté et de vision pour la France.
L’accueillant en mairie de Florange, en 2002, à l’occasion des élections législatives, je me souviens lui avoir dit que j’étais fier de recevoir le prochain Premier Ministre de la France. Je
m’étais trompé. Ce jour-là, j’en suis convaincu que j’accueillais notre prochain Président de la République. 30 ans après, un nouveau François porte les espoirs de tout un peuple.
A nous de l’aider à les concrétiser !