Jeudi 14 juillet 2011 4 14 /07 /Juil /2011 21:25

Depuis 2001 et la participation de la France à la coalition internationale en Afghanistan, 70 soldats français ont été victimes du conflit.

 

6 ont péri au cours des deux derniers jours, autour d'une date symbolique, celle de notre fête nationale du 14 juillet.

En 2001, sous la cohabitation, la France s'était jointe à la coalition internationale, qui s'était organisée en réaction aux attentats du 11 septembre. Il s'agissait de détruire le sanctuaire d'Al Qaïda et de libérer le malheureux peuple afghan du joug moyennageux des Talibans.

 

Rapidement, la coalition internationale a chassé les Talibans du pouvoir. Mais pas plus qu'aucune puissance étrangère aussi loin que l'on aille dans l'histoire (pas même Gengis Khan ou Tamerlan), la coalition n'a pas réellement pris le contrôle d'un pays incontrôlable!

 

Oui, les leçons de l'histoire ont été oubliées. Sans remonter aux déboires d'Alexandre le Grand dans les montagnes de ce qui ne s'appelait pas encore l'Afghanistan, il faut se souvenir que les impérialismes perses, puis russes et britanniques n'ont pas réussi à contrôler ces vallées inaccessibles. Le dernier grand échec a été celui de l'Union Soviétique de 1979 à 1989. Le prix terrible payé par l'Armée rouge a sans doute largement contribué à l'effondrement du système.

 

Il est à noter qu'à cette occasion, sous couvert d'anti-communisme et de défense de la liberté des peuples, l'Occident, et tout particulièrement les Etats-Unis, ont joué avec le feu, encourageant, par le biais des services secrets pakistanais, l'islamisme et, au sein des moudjahidines, les plus extrémistes, comme Gulbuddin Heykmatyar puis les talibans. Pire encore, la mouvance Al Qaïda est née dans la lutte contre les Soviétiques. L'arme a été efficace mais a échappé au contrôle de se souteneurs. On connait la suite.

 

Après 2001, la coalition internationale n'a su, ni imposer la paix, ni trouver des interlocuteurs afgans crédibles. Hamid Karzaï, choisi par l'Amérique, s'est révélé incapable et corrompu. Il n'est pas besoin d'épiloguer sur la manière édifiante dont il a "gagné" les élections générales. Il a même réussi à écarter les compagnons du commandant Massoud, le seul chef afghan "présentable" et pas seulement un chef de guerre tribal, dont l'assassinat a été en quelque sorte le prélude du 11 septembre.

 

La misère n'a pas reculé en Afghanistan, c'est le moins que l'on puisse dire, au regard du détournement de l'aide internationale. De plus, les bavures répétées de la force internationale et tout particulièrement de la part des troupes américaines, avec leur cortège de victimes civiles, ont achevé de jeter la population dans les bras des Talibans.

 

Les forces françaises ont essayé une autre voie: se faire respecter de la population, sinon s'en faire aimer, grâce à l'aide humanitaire et le contact. La France a voulu préparer les forces afghanes à prendre le relais, en formant ses militaires et policiers pour prendre le relais après le retrait de la coalition. En vain et au détriment de la sécurité de nos soldats.

 

Il est de tradition face à un tel drame de se taire et de faire consensus, autour de la mémoire de nos soldats tombés au feu. S'il faut s'incliner devant leur sacrifice, cela n'empêche pas de dénoncer l'aveuglement imbécile de nos gouvernants et au premier rang du chef des armées, le Président de la République.

 

Ils n'ont pas voulu voir l'échec sans appel de la coalition internationale et les dangers inutiles encourus par nos soldats.

 

Car une victoire sur les Talibans en Afghanistan n'est plus à portée de mains aujourd'hui, face à un mouvement haïssable certes, mais hélas profondément ancré dans la population et au final conforté pour s'être opposé aux "envahisseurs".

 

Les premières victimes de cet échec seront sans doute les Afghans eux-mêmes, car face à l'effondrement probable du gouvernement de Karzaï, c'est le retour de l'obscurantisme des talibans qui est probable. L'Afghanistan sera durablement un foyer de déstabilisation. D'ailleurs, l'unité du pays, qui n'a jamais été forte, y survivra-t-elle de fait? On risque de retrouver, comme avant 2001, un secteur pachtoune, dominé par les Talibans, un réduit tadjik, appuyé sur le soutien russe, avec les compagnons de Massoud, sans compter les autres particularismes, comme celui des Ouzbeks à l'Ouest. Malheureux Afghanistan, qui a toujours été la plaque de conflit des intérêts des puissances régionales (Iran, Pakistan, Inde) et mondiales (Grande Bretagne puis Etats-Unis, Russie) sur fond de routes stratégiques (depuis l'antique route de la soie jusqu'à celle du gaz de l'Asie centrale)

 

Mais peut-on maintenir éternellement une présence armée internationale dans ce malheureux pays? Aussi bien Obama que Sarkozy reconnaissent aujourd'hui que ce n'est pas possible. Un retrait en bon ordre serait souhaitable, pour donner une chance à l'Afghanistan, mais elle semble aussi limitée que ne l'était et le fût la survie du régime de Najibullah après le retrait soviétique.

 

Robespierre, combattant alors les partisans, comme Brissot, d'une guerre de la France révolutionnaire contre les monarchies d'Europe, disait "Les peuples n'aiment pas les missionnaires armés".

 

Force est de constater que cette analyse reste vraie et celà me conduit à penser que le retrait des forces de la coalition est inévitable et urgent.

 

Dans ces conditions, attendre serait exposer sans raison d'autres jeunes soldats français. Leur retrait est hélas inévitable et le plus tôt sera le mieux.

 

 

 

 

Par Philippe Tarillon - Publié dans : Réactions et combats
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