Vendredi 20 mai 2011 5 20 /05 /Mai /2011 16:55

La semaine politique a été dominée par l’affaire DSK, qui a été, selon les paroles de Martine Aubry, un coup de tonnerre dans la vie politique française.

Comme tous les militants socialistes, comme beaucoup de Français qui avaient placé leur espoir dans la candidature de Dominique Strauss-Kahn en 2012 pour se débarrasser de Nicolas Sarkozy, j’ai été choqué par ce que j’ai entendu au réveil ce dimanche 15 mai.

Je n’avais pas soutenu DSK en 2006. Son personnage, le milieu dans lequel il vivait, sa conception du socialisme n’étaient pas a priori ma tasse de thé.

Mais parce que j’ai en tête le devoir absolu de victoire, j’en étais arrivé à la conclusion que DSK était le mieux placé, du fait de sa stature, de sa compétence, de son expérience et même de son positionnement politique, qui faisait hurler Mélenchon et l’extrême-gauche, mais qui pouvait séduire jusqu’au centre-droit, lequel est décisif pour gagner l’élection présidentielle dans une France ancrée à droite.

Sur le fond de l’affaire, il faut à la fois penser à la présumée victime et à la présomption d’innocence. S’il s’avère que DSK est coupable de ce qu’on l’accuse, il n’a évidemment aucune excuse.  A-t-il été piégé ? La présumée victime n’a-t-elle pas pensé aux conséquences pécuniaires éventuelles d’une telle affaire ? Seule la thèse de l’accusation et de la partie civile ont été entendues à ce jour, la défense n’ayant pas encore accès au dossier, alors que plusieurs éléments clés sont contestés. Certains évoquent même la thèse du complot.

Sans aller jusque-là, et même si la Vème République nous a habitués aux coups bas et aux barbouzeries, nul ne sait aujourd’hui et il appartient à la justice de faire son travail. Si DSK est coupable, il sera lourdement puni. A lui et sa défense de prouver son innocence. L’affaire restera médiatique, un feuilleton de série digne de New York Police District, mais une affaire privée qui ne doit pas masquer l’essentiel, une fois le choc passé : l’enjeu est de faire triompher une alternative en 2012 et de débarrasser le pays de la gestion clanique, injuste et dispendieuse de Nicolas Sarkozy.

Plusieurs choses m’ont choqué dans le déferlement médiatique permanent depuis dimanche matin.

D’abord, le fonctionnement de la justice américaine. On la cite en exemple, c’est le modèle de « sarko the American », qui veut la copier. Elle n’épargnerait pas les puissants ! Belle blague ! En réalité, elle est le modèle à ne pas suivre. Elle est politisée, puisque juges et procureurs sont élus et cherchent donc, à se faire réélire, le scalp de DSK pouvant y contribuer. L’instruction se fait uniquement à charge. Le système est profondément inégalitaire. Celui qui les moyens de se payer les ténors du barreau et d’une contre-enquête, a plus de chances de s’en sortir que le petit délinquant de Harlem ! Sans même parler de la présence des caméras dans le prétoire ou des humiliations inutiles imposées à l’accusé !

Ensuite la polémique déclenchée par une partie de la classe politico-médiatique sur l’attitude de DSK envers les femmes. On savait qu’il était un séducteur, pressant, inconvenant.  C’est sans doute insupportable, ça n’en faisait pas pour autant un violeur ! Et s’ils savaient, que n’ont-ils dénoncé ?

Dans l’ensemble cependant, les hommes politiques ont été plutôt prudents. Il est tout à l’honneur de certains de n’avoir pas renié leur amitié à l’égard de DSK. Bien entendu, cela alimente les amalgames fait par Le Pen, père et fille, selon les bons vieux remugles de l’extrême-droite. Ils ont été relayés par quelques charognards dans la droite dite populaire !

J’avoue avoir eu de la peine d’entendre les commentaires de quelques camarades, au sein du parti, ne pas se cantonner dans la réserve qui s’imposait, au-delà du rappel de l’empathie naturelle pour la présumée victime et le respect de la présomption d’innocence. Il est facile de tirer sur l’ambulance, quand les mêmes auraient idolâtré le vainqueur ! J’ai même entendu pire en écoutant à la télévision une parlementaire qui, la veille de l’arrestation, soutenait encore la probable candidature de DSK, se joindre à la meute une fois l’homme à terre.

L’affaire DSK est un drame personnel doublé d’un suicide politique. Balayé, ce brillant parcours et les espoirs qu’il portait. Oublié un bilan à la tête du FMI dont il n’avait pas à rougir, quand bien même il n’avait pas fondamentalement bouleversé le système établi. Encore qu’on voudra bien reconnaître qu’il avait su se différencier de l’ultra-libéralisme de ses prédécesseurs. Son influence va sans doute cruellement manquer à un moment où redouble la crise de l’euro, où la toute puissante Allemagne a la tentation de l’égoïsme, où la crédibilité de la France est objectivement affaiblie par les résultats et la gouvernance de l’actuel locataire de l’Elysée.

Je suis convaincu que le Parti socialiste, qui ne manque pas de talents, saura trouver en son sein le candidat qui portera les espoirs de changement. Je vois comme lueur d’espoir l’adoption d’un projet clairement ancré à gauche, mais réaliste sur les priorités et compatible avec les moyens du pays.

Tel est l’enjeu essentiel. Le reste est un drame personnel et un immense gâchis, tant pour la gauche que pour le pays.

Par Philippe Tarillon - Publié dans : Polémiques
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