Samedi 13 novembre 2010 6 13 /11 /Nov /2010 10:01

Le Président de la République, dès qu'a été obtenu le feu vert du Conseil Constitutionnel, a promulgué la loi sur les retraites.

 

Rien à dire sur la forme, qui respecte les principes de la Constitution et de la démocratie parlementaire, encore que le débat a été occulté à l'Assemblée nationale du fait de l'application brutale du réglement intérieur de la Chambre.

 

Pourtant, rien n'est réglé. Le gouvernement en a lui même convenu, en concédant une clause de rendez-vous... dès 2013!

 

Ni la pérennité du système des retraites et de leur financement, qu'on disait pourtant vouloir assurer jusque 2050!

 

J'ai eu l'occasion de débattre récemment de ces sujets. D'une part lors de l'assemblée générale de l'amicale des retraités et préretraités, qui s'est tenue à Florange le 5 novembre dernier, en réaction à un plaidoyer pro-réforme du porte-parole de l'union régionale des retraités. Et le soir même, à Uckange, dans le cadre de la manifestation du Val de Fensch "Le débat s'invite" où j'avais demandé à Jean-Louis Malys, secrétaire confédéral de la CFDT de venir présenter le sujet.

 

Les inégalités, relatives aux carrières longues et aux travaux pénibles, n'ont pas été réglées, bien au contraire. Cette "réforme" est un formidable retour en arrière.

 

Ce débat m'a remis en mémoire des souvenirs très personnels. Mon père, décédé à 69 ans d'une longue maladie, avait commencé à travailler à l'âge de 13 ans, une fois le certificat d'études en poche. Il avait cumulé les années de cotisations, mais aussi les travaux et métiers pénibles, ce qui avait particulièrement contribué à dégrader son état de santé. Je me souviens l'avoir vu pleurer de joie le 10 mai 1981. Pas seulement parce que le candidat François Mitterrand, pour lequel nous avions milité, avait gagné, mais parce que, pour lui, cela signifiait enfin le droit à la retraite à taux plein. Ce fut d'ailleurs trop tard pour lui, pour partir dans des conditions physiques acceptables.

 

C'est à sa mémoire d'abord que j'ai manifesté pour le droit à la retraite à 60 ans. Et aussi en pensant à tous ces "seniors", victimes de plans sociaux, qui ne retrouvent plus de travail une fois passée la cinquantaine et on voudrait qu'ils travaillent jusque 62 ans, voire davantage! De qui se moque-t-on?

 

En reportant à 67 ans l'obtention d'une pension à taux plein quand les annuités ne sont pas réunies, la réforme pénalise fortement les femmes, qui, bien souvent, ont des carrières interrompues du fait des maternités. Belle façon de pratiquer une politique familiale et d'encourager la natalité, dans un pays qui a pourtant la chance d'avoir un nombre de naissances proche du seuil de renouvellement des générations, ce qui le différencie radicalement des autres pays européens auquel on nous a tant comparé pendant le débat, pour stigmatiser ces "fainéants" de Français.

 

Injustice encore quant au financement, qui repose à 85% sur les seuls revenus du travail et épargnent une fois de plus les revenus du capital et les plus riches, dans la continuité du sacro-saint bouclier fiscal.

 

Alors qu'il avait promis, pendant la campagne, et même après, de ne pas toucher au droit à la retraite à 60 ans, le Président sarkozy s'est engagé dans cette épreuve de force, convaincu qu'en passant en force il adresserait un signal fort à la finance international, inquiète de l'évolution de nos finances publiques. Peut-être cherchait-il aussi un bénéfice politique, pour donner une image de réformateur "courageux"

 

Au final, il a perdu la bataille de l'opinion. Il a gagné juridiquement mais perdu politiquement et je suis convaincu que cette victoire à la Pyrrhus laissera des traces.

 

Cette bataille est pourtant encourageante, car elle s'est faite dans l'unité syndicale, surmontant ainsi la dispersion traditionnelle en France. Et surtout elle a vu une forte implication des jeunes, lycéens et étudiants. Cette génération peut se considérer comme sacrifiée car elle a les plus grandes difficultés à accéder au marché du travail. La perspective de voir beaucoup d'anciens retrader leur départ n'est pas encourageante pour eux, qui auront bien du mal à avoir une carrière complète.

 

A un moment où l'on fait souvent le constat de l'indifférence des jeunes à l'égard de la vie publique, où l'on insiste sur leur individualisme, le repli sur soit ou sa communauté, c'est un signe encourageant. Les syndicats n'ont pas été les chercher. Et à ceux qui s'indignent de la présence des jeunes dans les cortèges, faut-il leur rappeler quel âge avait Guy Môquet ou les manifestants du 11 novembre 1940 lors de leur engagement? C'est quand on l'âge de raison qu'on peut et qu'on doit se préparer pour être un citoyen actif.

Par Philippe Tarillon - Publié dans : Réactions et combats
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