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Depuis le succès, en janvier 2011, de la "révolution du jasmin" en Tunisie, nous assistons à un "printemps des peuples arabes".
La place Tahrir au Caire, place de la Liberté, n'a jamais aussi bien porté son nom depuis que le peuple égyptien a fini par obtenir le départ du raïs, Hosni Moubarak, lointain héritier d'un régime fondé en 1952 par Nasser et qui avait, depuis longtemps, oublié les accents panarabes, laïcs et socialisants du fondateur, pour n'en retenir que l'autoritarisme, les élections truquées et la corruption.
Depuis ce vent de liberté s'étend, avec une contestation dont la force est variable: au Yémen, en Jordanie, en Algérie et jusqu'au petit émirat de Bahreïn, aux portes de la monarchie saoudienne.
Le mouvement est aussi en train d'emporter, au prix d'un terrible bain de sang, le régime du fou des Syrtes, le colonel Kadhafi. On le croyait toujours fantasque, mais assagi. La France de Nicolas Sarkozy s'était déshonorée en le recevant en grande pompe en décembre 2007, passant par pertes et profits les droits de l'homme et oubliant le terrorisme, dont furent notamment victimes nos concitoyens avec l'attentat sur le vol Brazzaville-Ndjamena-Paris, en 1989. L'argent du pétrole effaçait tout.
Ce mouvement rappelle un autre printemps des peuples qui, en 1848, avait balayé la plupart des régimes européens, à l'exception de l'autocratique Russie des Tsars et de la monarchie britannique, qui était déja un régime parlementaire, sans être une démocratie (le mouvement chartiste, qui réclamait le suffrage universel, avait échoué). Le signal était parti de la France qui, en 3 jours, en février, avait chassé la monarchie censitaire de Louis-Philippe, le roi-bourgeois (son principal ministre, l'inamovible François Guizot, avait pour principe "Enrichissez-vous!". Décidément, la droite française ne change guère!).
Ils en sont pour leurs frais, les brillants commentateurs, rejoints par beaucoup d'hommes politiques, parfois à l'occasion de leurs villégiatures, qui vantaient la laïcité de "notre ami" Ben Ali, faisaient de Moubarak le dernier rempart contre les frères musulmans, nous expliquaient que Kadhafi le vieux bédouin, s'était assagi! Ils pensaient, sans le dire, que les intérêts politiques et économiques de l'Occident seraient mieux défendus par des régimes autoritaires et corrompus, bref que le monde arabe n'était pas compatible avec la démocratie.
Ils avaient oublié les peuples. Sans doute, en Tunisie, en Egypte, la misère a pesé lourd dans le soulèvement ainsi que la désespérance d'une jeunesse diplomée et déclassée, dont le symbole restera ce jeune homme réduit à vendre clandestinement des fruits et qui, en s'immolant pour protester, a lancé la révolution tunisienne.
Ce qui soulève l'espoir est la forme nouvelle qu'a prise partout le mouvement par la mobilisation de la jeunesse et le rôle des réseaux sociaux et de l'internet. La protestation a également été "oecunémique", rejetant l'islamisme et se faisant hors des partis traditionnels. La mobilisation est très vite devenu massive et il faut souligner son côté pacifique, malgré la violente répression des forces de l'ordre et des tenants du pouvoir, les morts par centaines, par milliers en Lybie. Il faut enfin souligner que le mouvement a réussi quand tout ou partie de l'armée a fini par se mettre du côté du peuple, en Tunisie, en Egypte, et, dans une moindre mesure en Libye et à Bahreïn.
Il faut également reconnaître que les medias, qui avaient ignoré les tares de ces régimes trop longtemps, ont internationalisé l'événement, obligeant leurs gouvernements à rompre avec leurs amitiés traditionnels. C'est d'ailleurs pour cela que les forces de répression ont essayé, mais trop tard, de fermer internet et d'intimider les journalistes étrangers.
En matière de réactivité gouvernementale, le Président Obama et sa diplomatie ont donné une leçon, en réagissant bien plus vite que d'autres pays, et notamment la France de M. Sarkozy.
Je ne trouve pas de mots assez durs sur la diplomatie de celui-ci, qui est à l'image de sa politique intérieure, une honte et un naufrage, encore plus quand elle est incarnée par les insupportables maladresses de Michèle Alliot-Marie en Tunisie (sans parler des paroles "malheureuses de son compagnon, Patrick Ollier, dit POM, au sujet du colonel Kadhafi!).
Il ne s'agit pas de tirer sur une ambulance mais à mes yeux, le plus grave est sa prétendue ignorance de la situation au moment où la Tunisie était en feu et surtout ses paroles insupportables proposant à Ben Ali, juste avant son départ, le savoir-faire de nos forces de l'ordre! Je reviendrai dans un autre billet sur la brillante politique étrangère de celui qui se voulait un acteur de l'histoire et dont la politique nous rend ridicules dans le monde. Une mesure d'urgence serait de changer au moins le ministre des affaires étrangères, celle-ci étant complètement décrédibilisée.
Pour être honnête intellectuellement, je me dois aussi de reconnaitre que certains politiques de gauche ont eu des silences complices, voire longtemps des paroles ou des gestes de soutien envers les régimes déchus. De même, l'Internationale socialiste doit faire le ménage dans ses rangs et ne saurait continuer à affilier des partis comme ceux de MM Gbagbo, Ben Ali ou Moubarak!
On me dit aussi qu'avant Nicolas Sarkozy, d'autres présidents avaient rencontré Kadhafi. Oui, je me souviens de l'indignation de la droite lors de l'entrevue entre Mitterrand et le bouillant colonel en Crète, en décembre 1984. Il s'agissait de tenter une solution pacifique au Tchad, où l'armée française avait barré la route à l'expansionnisme libyen. Au moins à l'occasion, Kadhafi n'avait-il pas planté sa tente à quelques encablures du Parvis des droits de l'homme!
Je terminerai par une réaction d'humeur sur les conséquences économiques de ces événements. La presse nous explique que la conséquence est l'envolée des cours du pétrole, qui, naturellement, se répercute immédiatement à la pompe (valorisant ainsi des stocks pourtant produits à d'anciens prix)!
Il s'agit, une fois de plus, comme d'ailleurs pour de nombreuses matières premières, d'insupportables spéculations par le mécanisme des options et des marchés à terme, car il n'y a aucune pénurie physique d'or noir et le niveau de la croissance économique mondiale n'est hélas pas tel qu'il justifierait une telle hausse.
Qu'attend le G20, que préside Monsieur Sarkozy, pour réagir et examiner les moyens de contrer cette insupportable spéculation, qui menace une reprise déja bien fragile?
Qu'attend le gouvernement français, sinon pour contrôler les marges et frapper les incroyables profits des compagnies pétrolières, au moins pour remettre en place la TIPP flottante qu'avait instaurée le gouvrenement Jospin en 2001, atténuant ainsi les conséquences insupportables de la hausse pour les consommateurs mais aussi pour certains secteurs économiques, notamment agriculture et transporteurs?
Monsieur Sarkozy ne s'occupe pas de telles contingences. Il n'est préoccupé que par une seule chose importante à ses yeux, sa réélection au printemps 2012. Souhaitons que cette année là soit celle d'un autre printemps, pour notre peuple, un printemps démocratique et que, par le suffrage universel, Monsieur Sarkozy rejoigne le club des anciens présidents, ceux qu'il appelait ses amis.
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