Partager l'article ! Sur le chemin de Saint-Jacques ou sur la route de Marine?: Le Président de la République a entamé une série de déplacements (électoraux, ma ...
Le Président de la République a entamé une série de déplacements (électoraux, mais tout est électoral chez lui, qui est en campagne pour sa réélection depuis le 7 mai 2007) dans divers lieux de mémoire qui ont marqué l'histoire de France.
Rien à y redire a priori. Mais en y regardant de plus près, ce n'est pas sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle que s'engage l'illustre pélerin, mais pour capter un autre héritage, celui du Front National et de ses électeurs, en chassant sur ses terres et en reprenant sa thématique, notamment vis-à-vis de l'islam.
Nicolas Sarkozy a célébré l'héritage chrétien de la France lors d'un discours jeudi en Haute-Loire.
"La chrétienté nous a laissé un magnifique héritage de civilisation et de culture", a déclaré le Président après une visite de la cathédrale du Puy-en-Velay, haut lieu du catholicisme.
Le Président devrait poursuivre cette célébration de la France chrétienne par divers déplacements au Mont-Saint Michel, à la basilique de Vézelay. L'Elysée n'a pas commenté jeudi une information du quotidien des Echos selon laquelle il se rendrait le 1er mai à Rome pour la cérémonie de béatification du pape Jean Paul II...
Ce n’est certes pas la première fois que le Président de la République fait preuve d’ostentation dans le domaine de la foi. On pourrait penser qu’il cherche ainsi à conforter et rassurer la partie la plus traditionnelle de son électorat.
C’est en fait une stratégie bien plus large dont il s’agit : le recyclage des discours et des thèmes de l’extrême-droite. La réponse est certainement à trouver dans la montée de l’extrême-droite, et la volonté à peine cachée de Sarkozy de séduire à nouveau ses bataillons électoraux, par un recyclage de ses peurs et de ses thèmes?
Nul ne songe à contester, ni l’importance de l’héritage chrétien dans notre histoire et dans notre patrimoine. En tant que personne privée, M. Sarkozy a droit au respect de ses convictions philosophiques et religieuses. Mais en dehors de la sphère privée et lorsqu’il s’exprime, dans le cadre de ses fonctions, il a le devoir de veiller à la plus grande réserve.
Dans une République laïque, où depuis 1905 la loi a posé le principe de la séparation de l’église et de l’état et de la liberté des cultes, cette approche de la part du premier personnage de l’Etat pose problème.
Ce n’est sans doute pas un hasard que M. Sarkozy revienne sur les ambiguïtés, pour ne pas dire plus, qui furent les siennes et de sa majorité lors du « débat » dangereux et sans objet sur l’identité nationale, oubliant que la France et son peuple se sont construits en tant que nation à partir de la diversité, mais surtout autour du consensus républicain, lequel repose sur une laïcité affirmée, même si elle se doit d’être tolérante et respectueuse du libre exercice du culte.
De même à quoi rime le « débat » annoncé par l’UMP sur l’Islam, stigmatisant une religion, laissant se développer l’amalgame entre islam et fondamentalisme, mettant en doute la compatibilité de cette foi avec les valeurs de la République?
N'y-a-t-il pas d'autres sujets plus urgents pour le pays? Sans nier que se posent des problèmes d'intégration ou encore que le fondamentalisme est une menace réelle, pourquoi se focaliser sur une forme d'intégrisme, alors que les thèses de feu Mgr Lefebvre sont tout aussi dangereuses que celles des intégristes islamistes?
L'essentiel de la bataille à mener pour l'intégration n'est-il pas de relancer le modèle français, ce qui passe par la réussite scolaire et l'emploi pour tous? Car c'est sur le terreau du chômage, de l'exclsion, de la désespérance sociale des quartiers que propsère le fondamentalisme. Vaste programme, contraire en effet à la casse produite par la politique menée depuis 10 ans. D'où la tentation permanente du Président de la République d'agiter les vieux démons et, comme en 2007, de capter la peur et l'inquiétude à son profit électoral.
La manœuvre avait certes plutôt bien marché en 2007. Qu’il ne faille pas jeter l’exclusive sur les électeurs du Front National, qui expriment une vraie désespérance sociale, c’est une évidence. Mais il convient de les ramener vers les rives du débat républicain sans faire de compromis avec nos valeurs. Faute de quoi, à force de singer les thèmes du FN, le droite parlementaire jouerait avec le feu, confortant ces électeurs que les fantasmes de l’extrême-droite sont véridiques.
La vie politique française a été terriblement marquée par le 21 avril 2002. Il faudra tout faire pour éviter que cela ne se reproduise, y compris « à l’envers », mais ce n’est pas en hurlant avec les loups qu’on y arrivera.
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